24/10/2014

Le brise-lame

" Les pêcheurs savent que la mer est dangereuse et la tempête redoutable, mais ils n’ont jamais admis que les dangers fussent des raisons suffisantes pour rester sur la plage. Ils abandonnent cette sagesse à ceux qui la trouvent à leur goût. Que la tempête  se lève, que la nuit tombe ; qu’est-ce qui est redoutable, le danger ou la peur du danger ? "

sète (34),van gogh 

23/10/2014

L’Homme à la vie inexplicable

 

Paris, Henri GougaudBientôt l’envahit une tranquillité si émouvante et légère qu’il ferma à demi les yeux pour ne rien perdre de ses saveurs. Pourquoi avait-il cru la paix morte en lui, à jamais éloignée ? Elle était à nouveau là, forte, délicieuse, intacte. Laissant aller ses pensées, l’esprit traversé d’appels d’oiseaux, au loin, dans les feuillées ensoleillées, « quand on endure le tourment, se dit-il, pour toujours on se croit son esclave, et quand la paix est de retour, ce sont les souffrances qui semblent n’avoir jamais été, ce sont elles qui s’effacent dans un passé tout à coup si lointain que l’on se prend à douter de l’avoir jamais traversé. Quel homme de mauvaise foi ai-je été pour avoir cru mon malheur infini dans cette vie où rien n’est durable ni sûr, sauf les changements et retours incessants des êtres, des sentiments, des corps, des saisons et des jours ! ».

22/10/2014

Thymos

Rome, Philippe Labro « Les gens » A la fin, ils veulent quoi, les hommes ? Qu’est ce qui les fait bouger ?

 

C’est pas le cul, c’ est pas le blé, c’est pas le pouvoir. Tu veux savoir ? C’est le besoin de  reconnaissance.

 

Il motive  le meilleur et le pire chez les hommes. A l’origine de toutes actions, guerrières, politiques, religieuses, économiques, on retrouve le besoin de reconnaissance. La  permanente compétition qui nourrit l’histoire des hommes, les conquêtes de territoires, les conflits d’idéologies, de religions ou de races, le besoin de reconnaissance.

 

Reconnaissez- nous, disent les Palestiniens aux Israéliens. Reconnaissez-nous, disent les Israéliens aux Arabes, reconnaissez-nous bombardent les Chinois aux Etats-Uniens, ou alors on vous étouffe sous nos milliards de produits fabriqués n’importe comment au prix les plus bas. Reconnaissez-nous répondent les Ricains au reste du monde. Reconnaissez nos films, nos protéines, nos 90% de croyants en Dieu, nos erreurs et nos défaites.

 

Reconnaissez-nous disent les ex-Soviétiques devenus russes, reconnaissez notre puissance, notre importance, l’identité de notre éternelle Russie, et les Tchétchènes, les Kazakhs, les Géorgiens, les Ukrainiens, les Mongols crient, de leur côté, reconnaissez-nous aussi. Reconnaissez-moi, demande le petit homme iranien en chemise qui construit son arme de destruction massive et qui s’adresse au reste du monde, aux Européens, à qui les Turcs réclament la même chose, les Turcs auxquels les Kurdes ….

 

 Mais si tu ne me reconnais pas, je te massacre, je t’explose, je t’exécute, je t’inquisitionne, je te terrorise, je t’onzeseptembrise, je te guantanamise, je te benladise, je boirai le sang qui giclera des veines éclatées de ta tête que j’aurai tranquillement tranchée, je te hututerai et tu tutsimourras. Je t’irakerai. Je te djihaderai. Je te poutinerai. Je te pantagonerai. Faut pas croire, je suis capable de tout, si tu refuses de me reconnaître.

21/10/2014

Rien

Henri Rome, Gougaud « le livre des chemins »

 Dans ce royaume invraisemblable on n’aimait pas les sans-logis.
On arrête donc celui-là qui osait dormir sous le mur de la résidence royale.
On l’interroge.
- Qui es-tu ? Un chômeur ? Un voleur de vieilles ?
L’homme répond :
 
Un peu plus haut !
Les gardes s’étonnent. Ils ricanent :
Comment cela, un peu plus haut ? Que veux-tu dire ? Parle clair.
Serais-tu par hasard un noble en visite chez les pouilleux ?
L’homme s’obstine. - Un peu plus haut !
Les gardes pensent : « C’est un fou ». Ils s’esclaffent :
- Quoi, un ministre ?
- Un peu plus haut !


- Je vois, je vois, dit un gros sergent à moustaches. Monsieur (vous autres, saluez !) est Sa Majesté en personne. N’est-il pas vrai ?
- Un peu plus haut, murmure l’autre, imperturbable.
Le capitaine : - Assez joué. Au-dessus de Sa Majesté, il n’y a que Dieu. L’ignores-tu ?
- Je suis un peu plus haut que Dieu.
- Mais plus haut que Dieu, il n’y a rien !
L’homme répond : - En vérité, c’est bien là ce que je suis. Rien.

20/10/2014

au cœur du minerai

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Elle sentit une douce chaleur envahir le bas de son ventre, sentit une tressaillante excitation au creux du sexe. Issue de tout son être une envie terrible la submergea, un élan dans tous ses muscles. Convenances se dit-elle. Rangeant le feu qui enflammait ses joues elle se rendit compte qu’elle venait de verrouiller son plexus solaire ; à son souffle court, à ses côtes étranglées, la poitrine contrite. Putréfaction viscérale le désir marinera dans sa chair, avec les remords dans sa parole. Que de non-dits finissent-ils ainsi, oubliés, regroupés, cristallisés dans les fibres de la personnalité.

 

18/10/2014

élargir sa vision de la Terre

 Humus, Humidité, Humanité et Humilité ont la même racine.

« L’avènement d’un monde apaisé, dans lequel il fera bon vivre pour s’accomplir passe par notre jardin secret, en ce lieu intime que chacune et chacun de nous est invité à cultiver, en transformant nos déchets intérieurs en un humus vital : cet humus, matière et symbole, est aussi humanité, humidité et humilité dont la puissance à entretenir la vie est miraculeux. Unir nos consciences avec cette alchimie est la voie juste, et rien n’est plus beau que cette voie car elle instaure une spiritualité libre, n’appartenant à rien d’autre qu’à elle-même. Car elle a le pouvoir d’abolir tout ce qui divise et s’oppose à l’unité du genre humain au sein d’une réalité naturelle à laquelle il devra toujours sa vie, sa joie et sa pérennité. »

Pierre Rabhi

Pierre rabhi

17/10/2014

JACOB BESER

L’histoire cultive d’étranges lacunes. Il y a des gens ordinaires qui se trouvent tout à coup obligés d’accomplir des actions faciles et atroces. Ils les exécutent et puis leurs noms tombent dans l’oubli. Dans leur cabine ils ont des photos d’actrices, ils ne se soûlent pas et sont d’habitude de bons mécaniciens. La guerre est faite pour obéir aux ordres. Et un matin d’août Jacob Beser se rend avec son avion au-dessus d’une ville de 13 500 habitants au kilomètre carré. C’est une des plus grandes densités d’êtres humains, tous concitoyens. Et il fait tomber une bombe fabriquée avec un élément jamais utilisé jusque-là par l’artillerie, l’uranium. La ville se défait sous une chaleur d’autres planètes, son nom Hiroshima. Jacob Beser a été le premier homme à voir en secret l’effet produit par : une bombe atomique sur une ville. C’était en 1945. En Janvier, les Russes étaient entrés à Auschwitz et le monde avait dû cesser d’affecter de ne rien savoir. En Août, le largage de Beser avait clos la guerre sous la plus grande brûlure artificielle, inaugurant le futur. La guerre moderne s’est spécialisée dans les exterminations de civils. Il est triste d’être soldat dans ce siècle. Jacob Beser est un nom qu’on devrait connaître

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08:05 | Commentaires (1) | Tags : erri de luca

16/10/2014

Ante Zemljar

…passa cinq années dans la pire des colonies pénitentiaires, l’Ile nue, Goli Otok, à casser des pierres et à se faire casser les os par les gardiens. Même là-bas, Ante a réussi à écrire des poèmes, sur le papier des sacs de ciment, avec un fusain, puis il les cachait. Il était interdit d’écrire. La poésie lui servit de cuirasse, de fête, de réserve d’énergie. Si elle n’est pas ça, la poésie n’est rien. Elle a été la plus forte machine de résistance pour ceux qui n’avaient foi en aucun Dieu. Dans un de ses poèmes de prisonnier sur l’île damnée, quand le matin le gardien lui fait parcourir le couloir avec le seau des excréments et qu’il crie derrière lui : « vite ! vite ! » en le bourrant de coups, Ante a écrit :

Je me vante parce que j’oublie le gardienescale a sete 2014 (50).JPG
« vite ! vite ! »
courage, me dis-je, j’oublie le gardien
« vite ! vite ! »
la plus grande victoire est d’oublier le gardien,
je me vante effrontément
« vite ! vite ! »
Le couloir, c’est l’Himalaya avant qu’Alexandre l’entrevît,
c’est l’Atlantique avant Colomb,
que de siècles de voyage pour traverser
et moi je l’ai franchi
et j’ai oublié le gardien dans le couloir
« vite ! vite ! »
et moi je l’ai oublié.
Je suis le voyageur et le timonier courageux avec le seau à travers le couloir.
Je dois forcément me louer de ma découverte, plus grande que la vôtre alpinistes !
plus grande que la vôtre marins !
Je lance un regard : la courbe du couloir tourne au-dessus de l’Himalaya, je suis Alexandre qui se montre là-haut, aussitôt après voilà au contraire San Salvador ! Je suis arrivé !

 

Il a ainsi voyagé en doublant le cap du jour avec la secrète fierté d’être alpiniste ou marin, rappelant en lui-même les énergies de ces autres, tandis qu’il se baissait sous les coups et s’agrippait à la vie avec des bouts de poésie pour ne pas se laisser arracher du sol. 

05:02 | Commentaires (4) | Tags : sète

15/10/2014

Origine

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Une étoile sans nom vient de voler en éclats.

Ici-bas la mer est montée pour la première fois, pure de tout déchet d’origine humaine.

Pour la première fois les eaux du monde ont frémi quand le bloc lunaire les a survolées.

Aujourd’hui la lune a pris ses distances, elle croise à quatre cent mille kilomètres des terriens et les marées sont deux fois plus nombreuses et moins puissantes qu’à l’heure natale du big-bang. Encore un milliard de printemps et, tête d’épingle, on la cherchera dans les firmaments.

 

14/10/2014

Instant d’exception

C’était une sorte de perception intuitive du caractère exceptionnel de certains instants vécus de façon plus intenses que d’autres. La certitude d’entrer dans une relation inhabituelle avec le monde et avec soi-même.

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07:33 | Commentaires (0) | Tags : canari (corse)